Gérard Genette, 1930–2018

Französisch, Notizen

Mémoire. Moins elle travaille, plus elle se fatigue. Elle a des parties mates et des parties brillantes, car, dirait Hugo, dans mémoire il y a moire. Par ses angles morts, ses taches aveugles et ses trous noirs, elle est évidemment un filtre : trier, exclure, choisir, garder et jeter, transformer, interpoler, extrapoler, composent l’essentiel de sa fonction. Borges parle quelque part de « l’infatigable labyrinthe du rêve » ; le labyrinthe du souvenir est sans doute plus fragile, mais pas moins égarant. « Le souvenir, dit Valéry, n’est que débris et ne se précise que par des faux. » Les faux sont souvent plus nets que les vrais : après un demi-siècle de latence, il me restait de Rashomon un seul trait, mais indélébile : la vivacité de ses couleurs. Bien entendu, un faux souvenir est, si l’on y tient, un souvenir faux, mais ce n’en est pas moins un souvenir, puisque enfin, quel que soit son rapport à la réalité, il est vécu (reçu) comme tel. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, je me souviens bien mieux du Rashomon en couleur que je croyais avoir vu en 1950 que de celui, en noir et blanc, que j’ai « revu » voici quatre ou cinq ans. […]

Gérard Genette, Bardadrac, Seuil, 2006.


Patrick Kéchichian, „Le théoricien de la littérature Gérard Genette est mort“, Le Monde, 11 mai 2018:

Il laisse une œuvre considérable, aux développements souvent inattendus. En effet, rien n’est moins académique ou balisé que cette réflexion qui, sans jamais se départir d’une grande rigueur, notamment terminologique, s’autorise bien des détours et l’exploration ludique de la littérature et de ses marges. Et pas seulement de la littérature, mais aussi des autres arts.

Marie-Sandrine Sgherri, „Gérard Genette : mort d’un amoureux des mots“, Le Point, 11 mai 2018:

Genette avait un parcours classique à une époque qui ne l’était pas, puisque ces jeunes gens en colère allaient révolutionner la critique, dans un mélange d’idéologie et de créativité. Il fait sa khâgne au lycée Lakanal, entre à l’ENS en 1951, où son condisciple se nomme Jacques Derrida. Communiste, ce fils d’ouvrier a la sagesse de quitter le PCF dès 1956, lors de l’invasion de la Hongrie. En 1967, il entre à l’École pratique des hautes études et fonde avec Tzvetan Todorov et Hélène Cixous la revue Poétique et la collection du même nom au Seuil.

„Souvenirs de Genette“, Le nouveau Magazine Littéraire, 11 mai 2018, darin der Text von Genette, „Se convertir au point-virgule vous change la vie“

« En fait de fiction, l’activité théorique me suffit largement », déclarait-il au Magazine littéraire en 1995, il s’assume plus ouvertement écrivain, sans pour autant devenir romancier, à partir de 2006 et la parution de son livre Bardabrac : un abécédaire buissonnier et érudit, mêlant méditations et rêveries, fragments théoriques, éclairs spéculaires et calembours bon enfant, un peu à la manière du Roland Barthes par Roland Barthes. Lors de la parution du livre, il réfuta toutefois dans nos pages l’étiquette de l’autoportrait : « J’ai eu l’impression de davantage livrer ma façon de voir que “moi”. Ma psychologie ne m’intéresse pas – je ne me comprends pas toujours très bien – et celle des autres pas beaucoup plus, en réalité.

Mio Rau, „Ein Reisender auf dem Ozean der Texte: Gérard Genette ist tot“, Neue Zürcher Zeitung, 11. Mai 2018:

Die ausserordentliche, streng strukturalistische Trennschärfe seiner Terminologie setzt sich – trotz dem von Genette extra dafür entwickelten Greco-Französisch – international durch: Die inhaltliche Interpretation wird zugunsten der formalen Verfassung von Texten, ihrer logischen Struktur, zurückgestellt. Genette gibt damit der Literaturwissenschaft ein fast mathematisches Instrumentarium an die Hand. Nur in den deutschsprachigen Ländern, symptomatisch für die Beziehungen zwischen deutscher und französischer Literaturkritik, verzögert sich die Rezeption bis in die 1980er Jahre. Hier gibt man sozialgeschichtlichen und ideologiekritischen Konzepten den Vorzug und hat kein Interesse an Genettes formalen Analysen.

Gilles Anquetil, „Gérard Genette par lui-même (1930-2018)“, Bibliobs, 11 mai 2018:

Mes modèles sont les «Essais» de Montaigne, les souvenances de Perec, les chroniques de Vialatte ou le «Roland Barthes» par Roland Barthes. Il n’y a nulle pudeur théorique dans ce dictionnaire personnel. Je n’évoque ce qui fut mon activité professionnelle que sous l’angle du vécu, des relations interpersonnelles. Comment par exemple je travaillais avec Todorov quand nous dirigions la revue et la collection «Poétique». En écoutant surtout de la musique. J’évoque à quoi je pensais pendant tous les colloques auxquels j’ai pu participer. Surtout à autre chose. La dimension géographique du livre s’est imposée. Les lieux ont pour moi une importance considérable. J’ai au fond un tour d’esprit plus géographique qu’historique. Je suis plus à l’aise dans l’espace que dans le temps. Si je n’avais pas été «narratologue», j’aurais aimé être géographe ou architecte.

Philippe Lançon, „Gérard Genette, mort d’une figure de la littérature“, Libération, 11 mai 2018:

Comme souvent, devenu pape à la suite de Figures III, le plus technique de ses livres, publié en 1972, il avait moins de sérieux – ou plus de légèreté – que ses disciples. Il se souvenait ainsi de la consternation silencieuse d’une «personne narratologiquement correcte» à qui, écrit-il, «je parlais, au fil d’une conversation à bâtons très rompus, de Combray à propos d’Illiers et de Proust à propos de Marcel : j’étais bien le dernier dont elle aurait attendu des glissements aussi irresponsables, de l’auteur au narrateur, et de la fiction à la réalité. Il me semble pourtant que les principes de méthode (et autres) doivent être réservés à leur champ d’application spécifique, et négligés là où ils n’ont pas grand-chose à faire». Et il concluait : «La pire confusion est la confusion des ordres : Pascal n’a pas tort de railler les demi-habiles qui ne savent jamais oublier le peu qu’ils ont appris – et qui confondent tout ce qu’ils ignorent.»

Sendungen von Genette bei Radio France Culture: Chloé Leprince et Odile Dereuddre, „La littérature a perdu son théoricien le plus créatif : Gérard Genette est mort“, France Culture, 11 mai 2018.

Eintrag „Gérard Genette“ in Wikipedia

Genette in „Einladung zur Literaturwissenschaft“:

Der Frage nach dem Status des literarischen Textes und der Unterscheidung zwischen Fiktion und Tatsachenbericht ist Genette vor allem in Fiction et Diction nachgegangen. Die größte Breitenwirkung hat jedoch sein zentraler Beitrag zur Erzählforschung (Narratologie) erlangt. In den Abhandlungen Discours du récit und Nouveau discours du récit entfaltet Genette seine Kategorien zur Erzähltextanalyse. Dabei folgt er einem strukturalistischen Ansatz, der seit Mitte der sechziger Jahre in Frankreich die literaturtheoretische Diskussion bestimmt hat. Er stellt Fragen der inhaltlichen Interpretation zurück und konzentriert sich auf die formale Verfassung der Texte. Das ist nicht unbedingt eine Einschränkung, kann doch die „Ansicht von der Welt“, wie Genette formuliert, „auch eine Frage des Stils und der Technik sein.“

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